Cette
statue fut bénie par Mgr Pavie le 9
mai 1850, lors de linauguration
officielle de la chapelle. Mais, au
fil du temps, la ferveur des pèlerins
finit par lendommager tant ils
la touchaient, la caressaient, la
palpaient, lui baisaient mains et
pieds. Elle perdit dabord un,
puis deux, puis trois doigts ; lautorité
ecclésiastique sen émut et la
fit transférer dans la crypte de léglise
Saint-Louis, alors cathédrale dORAN.
Puis on décida
de la remplacer par une madone toute
neuve et lon fit appel à un
artiste dont jai cherché
le nom en vain qui proposa de
réaliser une statue inspirée de
"lImmaculée" que
Murillo peignit pour la cathédrale
de Séville et qui connut quelques
vicissitudes.
En effet,
cette uvre fut exposée au
Louvre après avoir "appartenu"
au maréchal Soult qui la ramena de
sa campagne napoléonienne en Espagne.
Elle fut restituée aux Espagnols par
le gouvernement de Vichy en 1941 et
se trouve, depuis cette date par la
grâce de Franco, au musée du Prado
à Madrid, au grand dam des Sévillans
qui ont toujours souhaité la récupérer.
Il sagit de la plus célèbre
des Immaculées
de Murillo. Elle représente la
Vierge presque enfant avec son vêtement
blanc et son voile bleu sur un piédestal
de roses, au milieu dangelots
et de chérubins, dans un cadre de
nuages lumineux.
Pour les
Oraniens nés après les années
trente, cette statue est lauthentique
représentation de la vierge de Santa-Cruz.
Pour les autres les anciens
qui connurent la première et
historique statue de
tous les pèlerinages
, il ne sagit
que de la seconde, la remplaçante,
aussi vénérée et priée, dailleurs,
car elle est et restera Notre-Dame de
Santa-Cruz, ramenée dOran par
les Pieds-Noirs. Il sagit bien
de celle que lon retrouve
rituellement le jour de lAscension,
au Mas de Mingue à Nîmes, depuis le
19 juin 1965.
Mais quest devenue la première
statue de N.-D. du Salut, celle du
miracle ?...
Elle
fut précieusement conservée,
pendant de nombreuses années, dans sa niche de la
crypte de lancienne cathédrale
Saint-Louis, puis dans celle du Sacré-Cur,
place Jeanne dArc, jusquà
lindépendance de lAlgérie.
Elle
sera alors transférée et pieusement
gardée dans la cathédrale actuelle,
léglise Notre-Dame dOran
la bien nommée ,
autrement dit ma chère vieille église
de Saint-Eugène.
En dépit de plusieurs
interventions en haut lieu, lautorité
religieuse a refusé de la laisser
quitter sa bonne ville dont elle est
et restera toujours la patronne.
Peut-être est-ce mieux ainsi...
La première représentation
de la Vierge que connurent les
Oranais, celle du miracle, datait de
la fin du XVIIIème siècle,
peu avant le séisme de 1790. Cétait
une statuette en bois dolivier,
qui provenait dune balancelle
espagnole.
Lors dune
tempête, cette embarcation sétait
fracassée sur les rochers de la côte
ouest dOran, aux abords de
Monte-Cristo. Léquipage sen
étant tiré par miracle, avait
attribué ce sauvetage à la petite
madone du bord, symbolisant la mère
du Christ, providence des marins.
Ceux-ci décidèrent donc de la récupérer
dans les restes de leur bateau et de
la porter dans le seul lieu de culte
digne de la recevoir à lépoque,
léglise espagnole Sainte-Marie,
qui devint par la suite léglise
Saint-Louis** au quartier de la
Marine.
Cette
statuette fut donc baptisée Notre-Dame
du Salut (Nuestra Señora de la
Salvación) et fut à lorigine
du miracle de la pluie qui sauva la
ville dOran du choléra en 1849
(les arabes la nommèrent Mryem
oum lmah :
Marie de leau).
Cest
la seule représentation historique
de la vierge que connurent les
Oranais jusque dans les années
trente, jen témoigne (voir Santa-Cruz* dans "Le
Parler dORAN" volume 1).
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